Jean Van Hamme raconte Largo Winch

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Au cas où vous l’ignoriez, le héros de Jean Van Hamme (également père de XIII ou encore Thorgal) fera un passage remarqué chez Milady dès novembre. Petit focus de circonstance…

En effet, si le mois de novembre verra arriver les dernières aventures inédites de l’ami Indiana Jones, un autre aventurier de renom viendra prendre le relai. Largo Winch, le célèbre personnage de la BD homonyme, est en effet le héros de six romans qui sont d’ailleurs à l’origine du mythe.

La sortie très prochaine (le 17 décembre, pour être exact) du long-métrage adapté de la BD de monsieur Van Hamme nous donne l’occasion de rééditer l’intégralité de la série de romans, originalement parue à la fin des années 70.

Afin de nous replacer dans le contexte, l’auteur lui-même s’est proposé de raconter la genèse de toute la mythologie Largo Winch. Medames, Mesdemoiselles, Messieurs, la parole est à Jean Van Hamme

 

Jean Van HammeLargo Winch est né une nuit de novembre 1973 dans une chambre d’hôtel de la 6e Avenue à Manhattan. À l’époque, le scénariste Greg (Achille Talon) était le rédacteur en chef du journal Tintin. Passionné d’Amérique, il voulait percer le marché US avec nos bandes dessinées franco- belges. Un des moyens, qu’il pensait efficace, était de faire collaborer deux scénaristes de chez nous avec des dessinateurs américains pour une nouvelle série qui serait publiée conjointement des deux côtés de l’Atlantique. Lui et moi étions à ce moment-là les deux seuls « remplisseurs de bulles » sur le marché à parler parfaitement l’anglais. Nous voici donc à New York, la veille du jour où nous devions rencontrer deux des dessinateurs pressentis.

Le mien était John Prentice, le repreneur du célèbre Rip Kirby d’Alex Raymond. Et je n’avais pas la moindre idée du personnage récurent que j’allais lui proposer. Pilote de chasse, détective, cow-boy, reporter, pilote automobile, chevalier, marin, aventurier… tous les héros traditionnels existaient déjà dans le panthéon bédéistique de l’époque.

Économiste de formation, je travaillais pour une multinationale hollandaise bien connue, la bande dessinée étant encore pour moi un hobby. Pourquoi, au fond, ne pas utiliser mes connaissances en la matière ? Le grand business international, avec ses pièges, ses commissions occultes, ses négociations âpres, son espionnage industriel et ses trahisons commerciales. Un cartel tentaculaire en toile de fond, voilà qui serait nouveau. Et, tant qu’à faire, ce cartel serait la propriété d’un seul homme. Un homme jeune et séduisant, aventurier et bagarreur, doté d’un grand sens moral en opposition avec la mentalité arriviste et sans scrupule des barons de la haute finance. Un boy-scout, en quelque sorte. Mais le boy-scout le plus riche du monde. À six heures du matin, trois heures avant mon rendez-vous, mon personnage était là et les grandes lignes de sa première aventure tracées. Merci, l’adrénaline.

Ma collaboration avec Prentice a fait long feu. Après neuf ou dix planches, le dessinateur américain a jeté l’éponge. Les critères de notre BD européenne étaient trop sophistiqués pour lui qui ne dessinait que des strips sommaires sans véritable arrière-plan. D’ailleurs, à ce jour, nos petits « miquets » franco-belges n’ont toujours pas pénétré le marché anglophone.

Lorsque trois ans plus tard j’ai démissionné pour tenter de « vivre de ma plume », comme on dit, outre la bande dessinée que je continuais à la petite semaine, je me suis lancé dans le roman. J’ai donc repris mon personnage de Largo Winch et envoyé par la poste mon premier manuscrit à dix grands éditeurs français. Bruxellois bon teint, je ne connaissais évidemment personne dans ce milieu parisien assez fermé et je ne décrirai pas ici le tortueux plan marketing que j’avais imaginé pour que ces très honorables éditeurs mettent mon envoi au-dessus de la pile. Toujours est-il qu’en trois mois, j’ai reçu six réponses positives et trois négatives. Pas mal. Bien entendu, manquant de patience et d’argent (quand on démissionne, on ne reçoit pas de parachute, doré ou non), j’ai signé avec le premier qui m’a écrit, le très respectable Mercure de France. Ce n’était peut-être pas l’éditeur le plus apte à promouvoir des romans grand public, mais ils ont tout de même réussi à vendre une cinquantaine de mille des six titres que j’ai publiés chez eux. Je venais sans le savoir d’inaugurer ce que Sulitzer a appelé plus tard le « western financier ».

Entre-temps, mes scénarios de bande dessinée ont commencé à bien marcher. Thorgal d’abord, avec Rosinski. Puis XIII avec William Vance. Et enfin, en 1990, un nouveau départ BD pour Largo Winch avec un jeune dessinateur surdoué, Philippe Francq. La boucle était-elle bouclée ? Pas encore.

À l’extrême fin du XXe siècle, Largo a eu les honneurs d’un feuilleton télévisé. Trente-neuf épisodes coproduits par M6, RTL-TVI, Dupuis Audiovisuel et la Paramount. Une joyeuse expérience et un honnête succès d’audience. Et, pour décembre 2008, on nous annonce la sortie d’un film, cinéma cette fois, produit par la Pan-Européenne avec Tomer Sisley et Kristin Scott-Thomas dans les rôles titres. Ne serait-ce pas l’occasion de donner une deuxième vie aux romans ? La réponse est oui. Avec cette fois un jeune éditeur qui mettra, je l’espère, tout son cœur à les promouvoir.

Jeune éditeur qui m’a demandé si je souhaitais réactualiser ces textes écrits entre 1976 et 1981. J’ai répondu non. D’une part, cela risquerait de gâcher la spontanéité de ma prose de l’époque. Et, d’autre part, cela ne me paraît pas nécessaire. Certains chiffres, certaines évocations politiques ou historiques sont évidemment dépassés. Mais je ne pense pas que cela gêne en quoi que ce soit le rythme des péripéties vécues par le toujours jeune Largo Winch. En tout cas, je le souhaite.

Au plaisir,

Jean Van Hamme

Si vous voulez en savoir plus sur les romans Largo Winch, ne vous éloignez pas trop. Nous vous réservons d’autres surprises…

Auteur : Cesba

Community Manager des éditions Bragelonne, Milady et Castelmore. Réponds à toutes vos questions dans la mesure du possible !

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